Estampes au carré ?
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Estampes ?


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Projet global
La définition de l’estampe, lorsque ce terme n'évoque pas un outil ou une machine-outil servant à estamper dans les différents métiers que sont la bijouterie, la chaudronnerie, la poterie et la serrurerie, se pose et se repose aujourd’hui avec plus d’acuité. Sa définition pourrait être considérée comme entendue, s'agissant d'images imprimées ; il n’en est rien.
D’un point de vue législatif, tout d’abord, cette définition est importante. Une définition de l’estampe conditionne et oriente une économie, une imposition et des échanges.
Codifiée par l’article 98 A de l’annexe III du Code Général des Impôts, une estampe, sous certaines conditions (tirage limité, emploi de procédés spécifiques), peut être considérée comme une oeuvre d’art. Cependant, parce que des pratiques artistiques n’ont pas été prises en compte ou anticipées, lors de l'écriture de cette loi, telles celles créées au moyen de techniques comme la sérigraphie, l’offset et l’héliogravure, avec l’avènement et la démocratisation de plus de nouvelles technologies, cette définition de l’estampe comme oeuvre d’art, issue du Code Général des Impôts, semble aujourd’hui discordante et inadaptée, et, à nouveau, une définition de l'estampe semble à penser et à écrire.
Pour exemple, si l'on peut dans le cadre d'une exposition, d'un dialogue, désigner une création par le terme d'estampe, si cette création ne répond pas aux critères définis par cet article, cette création n'est pas au regard de la loi une estampe, de même elle ne sera une oeuvre d'art, sauf si elle peut être assimilée à une photographie, à un objet de collection (timbres-poste, timbres fiscaux, marques postales, etc.) ou à la création d'un graphiste concepteur.
De la sorte, par le biais de cette loi, si une création est une estampe et est une oeuvre d'art, un créateur est un artiste, il est un créateur d'estampes, et bénéficie d’un taux réduit de TVA et d’un régime spécifique d’impôts sur le revenu (BNC, ...).
Sans cela, le maintien de cet article de loi tel qu'il est écrit, a des conséquences. De nombreux créateurs aujourd'hui, réalisant des créations en un tirage limité au moyen d'une « imprimante numérique », au moyen d'un procédé photomécanique, sont dans l'obligation, juridiquement, de présenter leurs créations comme des photographies ou comme les créations d'un graphiste concepteur. Ce ne sont plus dès lors des estampiers, ou, ces artistes sont amenés à nommer différemment ce qui lors d'expositions peut être présenté sous le nom d'estampe. II existe donc là une inadéquation.
Plus précisément, une création réalisée en un nombre restreint d'exemplaires, telle une « estampe numérique » ou une copigraphie, ne peut être considérée, à la lecture de cet article 98A, aujourd'hui, en France, comme une estampe, quoiqu'une telle création peut être acceptée dans le cadre d'exposition (ex. : Biennale Internationale de la Gravure et des Nouvelles Images de Sarcelles). De même, une image réalisée à partir d'une presse lithographique, au moyen d'un cliché photographique, quoiqu'elle puisse être sincèrement imprimée en un nombre restreint d'exemplaires, ne peut être légalement une estampe. Elle pourra être nommée photographie (Cf. article 98A concernant la nature des supports de celle-ci), ou il y aura une appréciation d'un dessin, d'un geste, si le cliché a été l'objet d'une manipulation, de rayures, de traits, d'une gravure, quoique cela ne puisse suffire, puisqu'un moyen mécanique et photomécanique, pour créer cette image, a été employé.

Ensuite, une définition de l’estampe est importante dans la mesure où elle oriente une politique d’acquisitions, une politique d’expositions et conduit peu ou prou à créer des parcours professionnels.
En effet, pour mémoire, si une commission internationale reconnaissait lors de la Biennale de Venise dès octobre 1991, la nécessaire intégration au sein de l’estampe de l’emploi de nouveaux procédés tels que l’offset, le report photographique, la photocopie, l’infographie et tous procédés impliquant une matrice et la notion de reproduction, si dès 2000, outre atlantique, dans sa seconde édition, le Code d’Ethique de l’Estampe Originale intégrait les procédés de report photographique, de clichage, de gravure photochimique, de la photocopie et « le travail à l'aide de l'ordinateur pour répondre aux besoins créatifs des artistes », en France, institutionnellement, législativement, cette intégration ne semble pas acquise. Dans des structures publiques de documentation, dans des structures muséales, dans des associations, la question de la définition de l’estampe et de ses diverses techniques, ne semble que le sujet naissant d’un débat.
Pour exemples, le 10 février 2007, lors de la présentation de son rapport d’activité, l’association Manifestampe, après un dossier daté de 2002 sur le thème « qu'est-ce que l'estampe ? », invitait à interroger « la nécessité d’ouvrir l’estampe aux nouvelles technologies, notamment celles faisant appel au numérique. » et cette question fut reprise, par cette même association, il y a peu, à l’occasion d’une table ronde à Bibliothèque Nationale de France, le 9 février 2008.
Parallèlement, une autre association Graver maintenant, dès décembre 2006, a fait écho à cette interrogation, en invitant les usagers de son site à répondre à une question : « qu’est-ce que l’estampe numérique ? » et en proposant une exposition ouverte à de nouveaux procédés.
Enfin, récemment, pour dernier exemple éloigné d'un milieu associatif, en janvier 2008, Danièle Crégut, Expert près de la Cour d'Appel de Nîmes, a publié dans Eland'arts, un article sur l'évolution des techniques de l'estampe où elle faisait part de ses réflexions sur la digigraphie et d'une inévitable évolution des moyens de création.

De la sorte, il ne saurait être tenu pour acquis une définition de l’estampe. Depuis peu, plus qu’auparavant, elle requiert une attention en raison de situations inédites, ubuesques, telles celles citées plus haut, en raison de progrès technologiques, et ce, d'autant que des artistes, des historiens, des conservateurs, des marchands, des éditeurs n’ont jamais été aussi proches l’un de l’autre, en partageant une actualité, en proposant des rencontres, en constituant un groupe sensible à une estampe originale et à une estampe dans son ensemble.
Ainsi, une définition de l’estampe semble être à portée de main puisqu'il semble exister une invitation à répondre à une question « qu’est-ce que l’estampe ? » et à résoudre des problèmes. De part et d’autre, ici ou là, des avis, des propos convergent en vue d’une définition. Et, peut-être, à terme, ces réflexions et les réflexions publiées sur ce site, conduiront-elles à une modification ou à une réécriture de cet article 98 A, rien de moins !
En France, il faut se souvenir que des créateurs, aujourd'hui, ne sont pas légalement considérés comme des créateurs d'estampes. Ils sont, malgré eux, photographes, plasticiens, créateurs d'une oeuvre graphique sur support électronique. Ils sont les oubliés d'une définition faisant autorité :
« [...] Sont considérées comme oeuvres d'art les réalisations ci-après :
[...] Gravures, estampes et lithographies originales tirées en nombre limité directement en noir ou en couleurs, d'une ou plusieurs planches entièrement exécutées à la main par l'artiste, quelle que soit la technique ou la matière employée, à l'exception de tout procédé mécanique ou photomécanique ; [...] » (Cf. Article 98A de l'annexe III cité plus haut en lien)


Projet immédiat
Estampes au carré, Estampes à la puissance deux ou Estampes deux est la seconde version d'un site créé à l'occasion d'une question portant sur l'estampe numérique, posée par l'association Graver maintenant en décembre 2006. Ce premier site présentait des liens, une bibliographie et une réflexion présentée en deux volets. Le présent site Estampes au carré, préserve ces aspects et est plus exhaustif.
Estampes au carré, Estampes à la puissance deux ou Estampes deux n'est pas un site web présentant une pratique personnelle de l'estampe et n'a pas pour ambition d'évoquer une actualité dans cette discipline. Des sites tels que Manifestampe ou Graver maintemant, Estampe.org ou Estampe.be, Actualité de l'Estampe ou Arprim.org parmi de nombreux autres sites, réalisent amplement cet objectif (cf. la rubrique Sur la toile).
Estampes au carré, Estampes à la puissance deux ou Estampes deux a été construit et est en cours de rédaction afin de présenter des résultats, des avis et un panorama des différentes définitions de l’estampe. L'objectif de ce site est, en effet, dans l'immédiat, une étude du concept d'"estampe" donnant lieu à une évocation de son histoire et à un essai de bibliographie, sur l'estampe tout d'abord, et sur les différents dictionnaires monolingues de langue française ensuite, puisque ceux-ci permettent une lecture autre, de la définition du terme "estampe" et du terme "gravure".

Qu’est-ce qu’une estampe ?
D’un prime abord, une réponse semble aisée. Il suffit d'ouvrir un lien, un dictionnaire, de se reporter à l'entrée correspondante et de se laisser porter avec confiance par la définition offerte par ce volume ou par cette page.

"Estampe : Image imprimée au moyen d'une planche gravée de bois ou de cuivre (eau-forte, taille douce) ou par lithographie" in Le Petit Robert, 1996.

Cependant, si vous aimez les dictionnaires pour ce qu'ils sont : une manière de présenter un monde, de l'organiser, de le nommer, à la lecture de plusieurs autres dictionnaires, comme à la lecture de plusieurs autres manuels consacrés à l'estampe, à ses techniques, à son histoire, qu'ils soient sur support papier ou sur support électronique, une réponse est plus difficile à émettre ; des définitions se contredisent ou portent des éléments divergents.
Une définition de l'estampe pourra être déterminée à partir de techniques permettant de réaliser une image (gravure en creux, gravure en relief, procédés à plat, lithographie, chromolithographie, sérigraphie, tissiérographie, copigraphie, etc.). Une définition pourra ne pas distinguer entre une image et un objet, entre le résultat d'une impression et la planche servant à cette impression ; ou, des définitions, mêleront une multiplicité d'exemplaires obtenue à l'impression, relative à des techniques de reproduction, et des oeuvres uniques tels les monotypes se jouant de ces techniques, sans que ne soit démêlé ce fait, ou cette situation : quel élément technique, tangible, nous permet d'admettre des monotypes ?
D'autre part, certaines définitions évoqueront un parti-pris, esthétique. Il sera alors question d’un noble art, d’un noble métier, d’une expérience de la main, synonymes d'une histoire de la Gravure, d'un héritage. Il sera question d'une "estampe originale", un concept qui constituant un sous-ensemble dans l’estampe, semble aujourd’hui plus employé pour qualifier des pratiques artistiques contemporaines. Ce seul terme ou de ce terme esseulé d’estampe, en effet, devenant trop confus, est aujourd'hui frappé de désuétude ou est nécessairement accompagné d'un adjectif (cf. estampe numérique, estampe photographique, estampe sérigraphiée...).
Enfin, parmi de nombreux autres sujets ajoutant à la diversité et à la complexité de cette discipline, des cartes à jouer, des images d’Épinal, des images réhaussées, des images anonymes parfois maintes fois rééditées, s’insèreront comme exemples dans des définitions. Dans la mesure où, une définition de l'estampe est le résultat d'une histoire et est, ce jour, le lieu d'une diversité de techniques et de créations réalisées en des temps différents.
Pour mémoire, la définition de l'estampe offerte par le dictionnaire de l'Académie françoise en 1694, n'est plus en usage aujourd'hui. Une estampe n'est plus une image imprimée. D'autres critères font autorité. Une définition de l'estampe, aujourd'hui, a pour origine une complexité d'intérêts et de politiques. Elle s'origine sur des passions, des engouements, des critères esthétiques et des progrès technologiques. Elle est aussi, en France, issue d'une volonté et d'une fragilité économique aboutissant la création de l'article 98A fixant un cadre à des échanges.

La citation des trois définitions suivantes illustre et pointe, lorsque ces définitions sont comparées, mises l'une à côté de l'autre, l'effort qu'il importe d'entreprendre en vue d'obtenir une définition de l'estampe satisfaisante. Des techniques de l'estampe sont exclues. Des techniques sont citées mais il ressort des définitions du terme estampe, qu'aucune n'est en mesure de définir ce terme, si ce n'est en excluant ou en listant des pratiques, si ce n'est en focalisant notre attention à des intentions artistiques. Or un timbre est une estampe. Or une image imprimée, quelle que soit sa nature, une photographie, suivant d'autres définitions, sont des estampes (cf. Laran, J. Les estampes. Chap. XII. Paris : P.U.F., 1948.).

Citation 1. "Estampe : Ce terme désigne toute image imprimée sur papier ou sur support similaire au moyen d'un ou de plusieurs éléments d'impression à la surface desquels l'image a été exécutée de façon à retenir l'encre. Ce terme exclut les impressions exécutées par des techniques photomécaniques qui n'impliquent aucune intervention ni manuelle ni personnelle dans la réalisation des éléments imprimants et de leur impression et qui sont considérés comme étant des reproductions. Ce terme a tendance à remplacer le terme de gravure qui ne s'applique pas aux lithographies et aux sérigraphies. Par extension, il désigne donc tous les procédés par lesquels on peut réaliser l'élément d'impression ainsi que toutes les techniques d'impression." In Malenfant, N. L'estampe. Québec : Documentation québécoise, 1979.

Citation 2. "Estampe : L'estampe est une image imprimée, créée par un artiste. Pour nommer cette image imprimée, le terme gravure est souvent employé et parfois à mauvais escient. La gravure est exclusivement une image obtenue à partir d'un trait gravé sur la matrice. En revanche, si l'on considère la lithographie, le monotype, la sérigraphie, l'on constate que des impressions peuvent également être obtenues à partir de traits dessinés ou peints sur la matrice. Le mot estampe est donc celui qui convient à l'ensemble des procédés de l'image imprimée (procédés en relief, en creux, à plat, ajouré).
Quelles sont les conditions de production requises pour créer ce qu'on appelle une estampe ? L'artiste doit concevoir la matrice, celle-ci est encrée puis imprimée sur un support, le papier en général.
Le principe d'impression entraîne la notion même de multiple, donc d'édition d'une oeuvre d'art à plusieurs exemplaires, ce qui n'est cependant pas une obligation, certains artistes n'étant pas intéressés par la multiplication de l'oeuvre, ainsi que ceux qui privilégient le monotype. L'idée d'une oeuvre originale ou pas n'est, en aucun cas, en relation avec cette nature de multiple, et la matrice ne saurait être considérée comme original. Elle n'est qu'un moyen de parvenir à l'oeuvre qu'est l'estampe."
In Tonneau-Ryckelynck, D. et Caudron, V. Les épreuves du musée : les techniques de l'estampe à travers la collection du musée de Gravelines. Gravelines/Roubaix : Musée du Dessin et de l'Estampe Originale - Association des conservateurs des musée du Nord-Pas de Calais, 2007.

Citation 3. "Estampe : Image imprimée à l'aide d'un élément d'impression. Autrefois, l'estampe était uniquement obtenue par le moyen d'une planche en bois ou en métal, gravée en creux ou en relief : c'est la gravure, laquelle est à la fois l'élément d'impression (la planche) et son résultat (l'impression). A partir du XIXe siècle, l'estampe fut aussi le résultat de l'impression d'une pierre lithographique, dessinée ou gravée. Aujourd'hui, une estampe est encore l'image imprimée avec l'écran sérigraphique. On nomme même l'estampe l'impression d'un monotype et celle (qui est photographique) d'un cliché-verre. On a longtemps distingué les estampes obtenues par les méthodes manuelles, et les reproductions, obtenues par des moyens photomécaniques ; cette distinction n'est plus exacte aujourd'hui, car beaucoup d'estampes sont réalisées par des artistes avec des méthodes photomécaniques. L'estampe est généralement imprimée à un nombre restreint d'exemplaires, en tout cas plus restreint que les reproductions dont la raison d'être est la grande diffusion. L'estampe originale est celle dont le dessin et l'élément d'impression ont été réalisés par l'artiste lui-même, même si celui-ci utilise des méthodes photomécaniques ; l'estampe originale est souvent tirée à un petit nombre d'exemplaires et est numérotée et signée par l'artiste dans le plus grand nombre des cas. Elle s'oppose à l'estampe de reproduction ou d'interprétation, dont l'élément d'impression est réalisé par un praticien, d'après un dessin original. Une estampe de reproduction peut aussi être numérotée et signée par l'artiste. Une estampe reste originale lorsqu'elle n'est pas imprimée par l'artiste. Ces définitions sont générales et il faut observer que, dans la pratique, les frontières sont quelquefois imprécises entre estampe et reproduction, et estampe originale et estampe d'interprétation. Il faut aussi noter que certains ont une conception très rigoureuse de l'estampe originale (pas de moyens photomécaniques, très petit nombre d'exemplaires, certificat d'authenticité, numérotation obligatoire, etc.) alors que d'autres refusent tout ce qui peut assujettir l'artiste. Au niveau commercial, cette difficulté de définir véritablement une estampe originale donne lieu à de trop fréquents abus." in Béguin, A. Dictionnaire des termes techniques. p. 250. In Melot, M. sous la dir. Histoire d'un art : l'estampe. Genève : Skira, 1981.

Dès lors, que penser ? Qu’émettre ? Qu'est-ce qu'une estampe ?
Estampes au carré, Estampes à la puissance deux ou Estampes deux a pour ambition, après l'écriture de bibliographies, de se consacrer à cette question, à cette problématique, ou à cette difficile équation : Tenant compte de tous, en tout temps, qu’est-ce qu’une estampe ? Comment a-t-on pensé et pense-t-on l’estampe ? Et cette dernière question est une question inédite, importante.
En somme, ce site n'est pas consacré à des pratiques, ou presque. Il s'intéresse à des acteurs, à des graveurs, à des historiens, à leur propos. Il est, tant est que ce parallèle puisse être admis, le lieu naissant d'une critique de la critique en estampe, comme il existe depuis une cinquantaine d’années une critique de la critique en littérature étudiant les divers discours ou propos développés sur les oeuvres littéraires.